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Le blog-notes poétique et autre de Rotpier

Le long poème du jour : " Tailler la route, " ou " Le long périple Rabelaisien, " de ... Rotpier

12 Octobre 2021 , Rédigé par Rotpier Publié dans #Poésie, #Poésie, Humour

 

Petit (assez long ! ) souvenir de vacances au Pays de Rabelais...

Tailler la route

Tailler la route,

ou

Le long périple Rabelaisien,

 

A la suite d’un gros chagrin

- on m’avait volé mes lapins ! -

sac à dos j’ai taillé la route

avec mon chien rempli de doute.

 

Ne vous méprenez pas c’est moi

qui était en plein désarroi

mon chien lui avait la patate

pas de problème de prostate !

 

Je vous rassure moi non plus

même si ce n’est pas exclu

qu’un jour j’aie des incontinences

pour l’instant je tiens la distance !

 

Je vais vous confier un secret

la chapardeuse était tout près

une femme au trois quarts manouche

qui avait partagé ma couche !

 

Il faut être vraiment crétin

pour partager sans savoir rien

son lit avec une inconnue

rencontrée un soir dans la rue.

 

Elle était experte en amour

mais au matin au petit jour

plus de lapins plus de gitane

et plus non plus de caravane !

 

Elle avait vidé mes clapiers

aidée par plusieurs équipiers

plus de lapins plus de lapines

totale et complète rapine !

 

Un sacré retour de bâton

alors mon chien sur les talons

je suis parti pour un périple

jonché de surprises multiples.

 

Sur les traces de Rabelais

et partant du bourg de Benais

je quittais pour trois mois ma ferme

la confiant à Vincent Delerm.

 

Pourquoi lui et pas son cousin

me direz-vous mine de rien :

je lui trouve beaucoup de classe

il n’est pas fier et ça le classe.

 

Son père n’était pas dispo

il s’occupait du goût des mots

sinon il aurait fait l’affaire

ils ont tous deux du savoir faire !

 

  Et le périple commença …

 

Une vigneronne à Bourgueil

qui prenait le frais sur le seuil

de sa maison ma foi coquette

m’a paru pour le moins pompette.

 

Elle m’a dit : « Viens boire une coup !

mon bonhomme il a mis les bouts

avec la voisine d’en face

une redoutable poufiasse ! »

  

J’ai bien mangé et j’ai bien bu

mais quand elle m’a dit : « Veux-tu

que l’on fasse des galipettes ? »

j’ai vite repris ma musette !

 

Je suis arrivé à Chinon

et j’ai squatté un cabanon

abandonné en bord de Vienne

qui n’avait plus qu’une persienne !

  

Il a vraiment plu à mon chien

même quand je lui disais : « Viens ! »

je voyais qu’il faisait la tête

et c’est moi qui restait tout bête !

 

Une chienne est venue un jour

elle cherchait le grand amour

mon chien l’a très vite séduite

pour la laisser tomber ensuite !

 

Je suis passé chez le coiffeur

car j’avais la tignasse en fleur

il m’a dit : « C’est vraiment dommage

la mode n’est plus au crêpage ! 

 

J’avais appelé mon salon :

« Au bon crêpage de Chinon »

les femmes et les demoiselles

venaient chez moi pour être belles !

 

Elles se battaient pour entrer

on voyait les jupons voler

c’était un spectacle grandiose :

volées de coups et ecchymoses !

 

Il y avait des spectateurs

moitié sportifs moitié voyeurs

je louais tabourets et chaises

aux plus vieux pour qu’ils soient à l’aise !

 

Je me suis fait un tas de fric

il y avait même des flics

qui se délectaient du spectacle

portant ces combats au pinacle !

 

Mais un gradé a tout gâché

un vieux barbon tout desséché

il m’a fait fermer la boutique

en jubilant comme un sadique !

 

Un matin j’ai dit à mon chien :

« Allez on reprend le chemin ! »

et on a traversé Avoine

sans y rencontrer un seul moine.

 

Nous avons fait un grand détour

pour passer loin des alentours

de la centrale nucléaire

allongeant notre itinéraire.

 

Ce n’est pas que l’on avait peur

de son nuage de vapeur

mais l’atome ça fout les boules

on s’est barré : roule ma poule !

 

On est passé à Parilly

à petits pas c’était la nuit

nous avions raté Saint-Lazare

cela nous a paru bizarre !

 

A Seilly nous avons croisé

des moutons avec leur berger

qui n’étaient pas ceux de Panurge

évoqués par le grand démiurge !

 

N’empêche que ledit berger

avait un air de Rabelais

comme lui l’amour de la treille

du vin de la dive bouteille !

 

Il m’a dit viens boire un canon

j’ai ma réserve de chinon

et ce n’est pas de la bibine

ça vient droit de chez ma cousine.

 

Elle est de Cravant-les-Coteaux

son mari connaît son boulot

qui sait s’occuper de la vigne

et d’elle aussi je le souligne !

 

Et on s’est mis à picoler

en mangeant un petit pâté

de lapin cuit à la terrine

entre deux séances d’urine !

 

Quand on boit il faut évacuer

il faut bien la vessie vider

ça rentre dans l’ordre des choses

vous partagez je le suppose ?

 

Pendant ces agapes mon chien

était devenu bon copain

avec ceux tout poilus du pâtre

dont un qui avait une emplâtre.

 

Après deux jours à dessoûler

on est reparti vers Ligré

le dolmen situé dans la plaine

s’ennuyait de façon certaine.

 

Il était content de nous voir

comme il commençait à pleuvoir

nous avons accepté son offre

d’hébergement en catastrophe !

 

On a dormi vachement bien

à l’abri sans rites païens

ni barbarie ni sacrifice

pas de trace de maléfice !

 

On est passé trois jours plus tard

sur le pont de l’Ile-Bouchard

quand nous avons suivi la Vienne

se sont refermées les persiennes !

 

L’accueil n’était pas chaleureux

on n’aime pas ici les gueux

qui ont une drôle d’allure

souliers usés et grands galures !

 

Heureusement un vieux curé

nous a aussitôt hébergé

dans son vaste et beau presbytère

alors qu’on nous lançait des pierres !

 

Sa bonne nous a préparé

un bon repas au pied levé

pas arrosé au vin de messe

mais au chinon je le confesse !

 

Un curé comme on en fait plus

en soutane et marchant pieds nus

très attentionné pour ses ouailles

ne recherchant pas les médailles !

 

Bon vivant et même un peu plus

aussitôt porté sur le « tu »

il m’a raconté des histoires

plutôt scabreuses c’est notoire !

 

Quelques secrets de confession

sans révéler le moindre nom

par soucis de délicatesse

mais il était question de fesses !

 

La vieille bonne souriait

bien appuyée sur son balai

connaissant sans le moindre doute

tous ces secrets… oh ! La filoute !

 

Plus jeune elle avait sûrement

eu un sacré tempérament

pas du genre à se faire nonne

le curé l’avait à la bonne !

 

Croquer la pomme en ce temps là

pour un curé pas de tracas

petite entorse aux évangiles

bien mieux que d’être pédophile !

 

Mon chien et moi sommes restés

bien plus longtemps qu’envisagé

jusqu’à ce que des paroissiennes

jettent des cailloux aux persiennes !

 

Le curé n’allait plus les voir

occupé du matin au soir

à me raconter les fredaines

de la femme d’un capitaine !

 

Elle avait essayé en vain

de séduire le sacristain

elle se trouva toute bête

quand il lui dit : « J’suis d’la jaquette ! »

 

Elle s’est rabattue sur moi

j’ai refusé comme il se doit

mais elle avait de la constance :

j’ai succombé aux circonstances !

 

Nous sommes partis une nuit

pour éviter les gros ennuis

mon chien devant et moi derrière

nous avons franchi des barrières.

 

Nous sommes passés par Roncé

et avons vu le pigeonnier

nous avons traversé des vignes

et rencontré des gens très dignes.

 

Nous avons abordé Panzoult

par les étangs et pour le coup

une nuée d’évangélistes

avait squatté toutes les pistes !

 

Nous avons évité l’endroit

et sommes partis vers les bois

où nous avons trouvé très vite

un abri dans les troglodytes.

 

Il y en a énormément

dans la région c’est très courant

comme celui de la Sibylle

que Rabelais brosse avec style.

 

D’ailleurs nous y sommes allés

nous avons vu un vieux balai

abandonné depuis des lustres

mais rien de la voyante illustre !

 

En dessous le Moulin Girault

et son étang aux calmes eaux

formait un spectacle admirable

d’une beauté inoubliable.

 

La cave étant à quelques pas

nous y sommes allés ma foi

mon chien faisait un peu la tête

pas moi car c’était jour de fête !

 

J’ai goûté et j’ai regoûté

du Chinon clair et du corsé

au point d’être à la fin pompette

bon à ramener en brouette !

 

On m’a soigné et hébergé

mon chien était bien rassuré

on nous a bien rempli la panse

des braves gens qu’en on y pense !

 

Puis notre périple a repris

tranquillement et sans ennui

jusqu’aux abords de Rivarennes

en passant par une fontaine.

 

Un endroit sympa et peinard

pour nous délasser les panards

nous y avons planté la tente

pour nous reposer sans attente.

 

Nous étions frais comme gardons

nous avons croisé sur le pont

une vieille femme ridée

pire qu’une poire tapée !

 

Fort sympathique au demeurant

elle a trouvé mon chien marrant

bien sûr il lui a fait la fête :

un vrai cabotin cette bête !

 

Et elle nous a invités

à partager son déjeuner

elle avait fait une blanquette

un vrai régal dans les assiettes !

 

Après tous nos remerciements

et un au revoir au tournant

nous avons repris le voyage

par des chemins sans balisage.

 

En arrivant à Restigné

nous avons été désignés

comme voyageurs de l’année

lors d’une homérique veillée !

 

Le Bourgueil a coulé à flot

en méchoui y avait deux agneaux

en déssert des poires tapées

quelle épopée quelle épopée !

 

Nous sommes restés quelques jours

mon chien a aimé le séjour

passant son temps avec des chiennes

qu’en moins de deux il faisait siennes !

 

Mais il était temps de rentrer

de boucler la boucle à Benais

de retrouver enfin ma ferme

et remercier Vincent Delerm.

 

Il m’attendait sur le perron

sans la vipère du Gabon

disant qu’il avait des idées

sur les piqures d’araignées !

 

J’avais pris soif sur le chemin

il m’a offert une Jenlain

j’ai apprécié comme son père

la première gorgée de bière !

 

Je l’ai remercié chaudement

d’avoir gardé mes bâtiments

mes cochons mes oies et mes poules

il m’a dit « T’inquiète ça roule ! »

 

Pour que tout se finisse bien

j’ai acheté douze lapins

un fusil et plein de cartouches :

« Passez au loin femmes manouches ! »

 

            Terminaison :

Je ne sais pas si Rabelais

aurait aimé ce long ballet

de strophes un peu chaotiques

lui le chantre du fantastique.

 

J’espère que vous avez ri

ou qu’au moins vous avez souri

car comme disait le bonhomme

« Le rire est le propre de l’homme. »

 

 Pour ma part, je propose ces adages :

 

« Qui ne rit pas est déjà mort

et dans sa tête et dans son corps

à quoi sert de vivre en ascète

à peine plus gai qu’un squelette ! »

 

« On ne peut pas rire de tout

mais comme disait un Bantou

tout souriant et débonnaire :

 il est bien cuit le missionnaire ! »

  

                                                        Rotpier

 

 

Le long poème du jour : " Tailler la route, " ou "  Le long périple Rabelaisien, " de ... Rotpier

Montage personnel à partir d'images du net !

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